Témoignages sur les dépôts de plaintes pour violences sexuelles

 

 1/ Il y a 2 ans, j’ai été victime d’une agression sexuelle dans un endroit désert. L’homme m’a embrassée de force, pincé les seins, plaqué les mains aux fesses, et m’a demandé de le masturber. J’habite sur L. et les policiers m’ont recommandé d’aller porter plainte dans un commissariat spécialisé dans le recueil de plaintes pour agressions sexuelles, dans le 3ème ou dans le 6ème arrondissement. J’y suis allée seule. Là-bas, on m’a culpabilisée à mort : la policière a commencé par refuser de me croire, car je ne me rappelais pas de tout. Elle m’a dit que j’aurais dû partir, car mon agresseur m’a laissée seule à deux reprises. Aussi comme cet homme m’a aidée à récupérer une affaire que j’avais perdue—raison pour laquelle il a pu m’emmener dans un endroit isolé—elle a laissé entendre que c’était un deal—affaire contre sexe—alors qu’à aucun moment je n’ai été consentante. Enfin, elle m’a dit qu’il n’était pas possible de déposer plainte, car ce n’était « pas assez grave », « pas grand’chose finalement », et ce sera donc une main courante.

Quelques mois après, j’ai découvert que je souffrais d’une pathologie au cerveau, aujourd’hui opérée et guérie, qui m’a rendue d’autant plus vulnérable et incapable de m’enfuir à ce moment-là. Mais je ne veux pas retourner au commissariat pour essayer de faire évoluer ma main courante en plainte car je suis convaincue que ce sera une perte de temps et une nouvelle séance de culpabilisation. A aucun moment la policière n’a reconnu que ce que j’avais subi n’était pas normal.

2/ Concernant votre appel à témoin au sujet des plaintes pour viol : j’ai voulu porter plainte à la mi-2009 pour viol contre mon ex-conjoint et père de mes enfants à la police de P…

On n’a même pas accepté de me recevoir. Au comptoir d’accueil, on m’a dit que je devais envoyer un courrier au procureur de la République. Fin 2009, j’ai envoyé ce courrier. Je n’ai été convoquée qu’un an après, dans une gendarmerie de mon nouveau lieu d’habitation. J’y ai été bien accueillie malgré quelques maladresses verbales des gendarmes. Je sentais que le gendarme cherchait comment aborder au mieux les choses. Puis plus de nouvelles jusqu’en 2012 où j’ai reçu un simple courrier de classement sans suite, incompréhensible pour le commun des mortels. Depuis je suis toujours en psychothérapie (EMDR) pour parvenir enfin à dépasser cela.

3/ Témoignage d’un dépôt de plainte : enceinte de six mois, j’ai été déposer plainte au commissariat pour viol conjugal. Reçue au comptoir d’accueil dans un couloir de quelques mètres où attendaient une dizaine de personnes assises le long des murs. Le policier m’a fait répéter à plusieurs reprises le motif de ma venue, me demandant de parler plus fort, alors que les personnes présentes pouvaient tout entendre. Puis il m’a dit sur un ton condescendant : « mais Madame, vous croyez vraiment qu’on n’a que ça à faire, de s’occuper des querelles d’amoureux ? Retournez chez vous, vous êtes enceinte, votre place n’est pas ici ».

4/ J’ai été victime de plusieurs viols, le premier à l’âge de 17 ans, mais je ne suis pas allée à la police. Je suis ensuite partie en Allemagne pour essayer d’oublier ça. Ensuite, j’ai subi un autre viol dans des circonstances qu’il serait trop long d’évoquer. Mais là je suis allée au commissariat de M. où s’était passé le viol. Je n’ai eu qu’un accueil froid des policiers que, visiblement, j’emm..dais avec mon histoire. Ils ont cru que je cherchais à justifier ma nuit de « fugue » vis-à-vis de mon conjoint en lui expliquant que j’étais au commissariat pour viol ! La policière n’a pas été plus aimable et quant au médecin, après avoir fait son travail, il s’est contenté de dire : « il y a du sperme mais pas de quoi faire une attestation ». Quand je suis sortie, je me suis sentie doublement salie.

5/ J’ai été victime de viol à l’âge de 15 ans.  J’ai déposé plainte seulement cette année, le 24 avril 2017. J’étais encore dans le délai de prescription.

J’ai été très bien reçue par la police.  J’ai été auditionnée au Commissariat d’A… par la brigade de protection des mineurs. L’officière qui m’a reçue a été à l’écoute, humaine et bienveillante.  Elle m’a très bien expliqué et m’a préparée au déroulement de l’audition.

Le dépôt de plainte a duré 2 heures et bien que ce soit éprouvant de revivre tout ça, je suis très contente d’avoir été si bien accueillie. Malheureusement, ma plainte a été classée sans suite par le procureur pour manque de preuves. Mais je remercie la police qui a fait un très bon travail et qui a mené l’enquête jusqu’au bout.

Plus tard, j’ai su que cette brigade était formée pour accueillir les victimes.  En tous les cas, pour moi, le plus important est que je suis allée au bout de ma démarche, même si j’ai du mal à digérer le classement sans suite de ma plainte.

6/ J’ai porté plainte pour agression sexuelle en Mai 2015; je n’ai porté plainte que le lendemain de l’agression par fatigue et par incompréhension.

Vers 2013-2014, j’ai subi un attentat à la pudeur, je pense par le même homme, ce dernier avait le même couvre-chef (une sorte de bonnet) et une écharpe pour lui cacher le visage, il portait aussi un manteau long marron-kaki et ouvert. La première fois, je sortais d’un repas chez un ami en début de semaine, j’avais comme d’ordinaire mes écouteurs sur les oreilles, une main à tapé sur mon épaule, j’ai vu cet homme, j’ai commencé à courir, il a tenté de me rattraper. Je suis rentrée chez moi, je n’ai pas porté plainte même si j’étais un peu choquée, je considérais que ce n’était qu’un attentat à la pudeur, mais j’avais quand même fait un signalement par téléphone au commissariat.

Mai 2015, à quelques rues de ma « première agression », je sortais d’un repas avec un groupe d’amis, aussi en début de semaine. Je vois un homme au loin et je suis seule sur le boulevard, personne autour. Je reconnais tout de suite cet homme car il était vêtu de la même façon que la première fois. J’ai crié en le voyant se rapprocher de moi en courant, encore nu sous son manteau et visage à moitié caché. Je ne parviens pas à me rappeler de ses yeux, mais de son pénis, oui– malheureusement. Il est monté en violence par rapport à la première fois, il m’a plaquée contre le mur, tout en essayant de m’agripper et en touchant ma poitrine. J’ai réussi à me dégager, à courir et à fuir.

Je pense que cet homme violera un jour, ou il a déjà violé.

J’ai donc porté plainte le lendemain, par choc je pense, tout en me maudissant de ne pas avoir porté plainte la première fois. Je ne sais pas qui est cet homme, mais le savoir marchant dans les rues de ma ville ne me rassure pas.

J’ai porté plainte le 10 mai 2015. L’agression a eu lieu vers 1h du matin, mais je suis allée me coucher et j’ai porté plainte le soir, c’est pour cela que je considère que c’était le lendemain (j’ai encore le récépissé si cela vous intéresse). Mon compagnon m’a accompagnée au commissariat de notre quartier. Il était environ 20h. Nous avons été reçus dans une sorte de guichet, j’étais un peu stressée. Le policier m’a demandé pourquoi je venais, j’ai répondu : « pour porter plainte pour agression sexuelle ». Mon dépôt de plainte fut court et assez expéditif, car je n’avais pas de preuves et pas de signes pour reconnaître mon agresseur. J’ai fait mon dépôt de plainte debout, avec mon compagnon qui attendait près de moi et qui entendait tout, ce que je ne voulais pas. A aucun moment on m’a fait passer dans un bureau et donné une chaise, je me rappelle de la blancheur de ce « couloir-guichet » et du carrelage blanc au sol.

J’ai déjà porté plainte pour un téléphone volé, je considère que j’ai été mieux reçue. Le policier que j’avais en face de moi n’était pas compatissant, juste cordial et « fataliste » dans ses propos. Il a été rejoint à un moment par un autre policier, qui nous a interrompus pour une question relative au commissariat et qui est resté pour entendre, ce que je n’ai pas franchement apprécié. J’ai bien sûr raconté ma première agression et j’ai demandé s’ils avaient déjà eu affaire à ce genre d’homme avec ce type de vêtements et de procédés. Ils m’ont répondu que non, mais qu’ils avaient pas mal d’exhibitionnistes le matin dans le parc qui effrayaient les joggeuses. Ils m’ont dit également qu’ils avaient des caméras sur le boulevard où j’ai été agressée, qu’elles seraient visionnées et que je serai rappelée. Cela n’est jamais arrivé.

L’année dernière j’ai rappelé le commissariat, la policière au téléphone m’a répondu qu’elle ne pouvait rien faire sans le numéro du dépôt de ma plainte (j’avais déménagé entre temps, je ne savais pas où elle était). Plus tard, j’ai dû retourner à ce même commissariat (pour une commande frauduleuse passé en mon nom), j’ai été reçue par une policière et je lui ai parlé de mon agression, elle a réussi à retrouver dans son ordinateur le dépôt de plainte et m’a indiqué que les visionnages avaient été récupérés et devaient être vus. Je ne sais pas si cela est vrai car je n’ai toujours pas de nouvelles.

J’ai retrouvé récemment mon dépôt de plainte dans un classeur, je pense retourner au commissariat, avec et demander ce qu’il en découle aujourd’hui. Mais j’ai bien peur qu’on me demande pourquoi j’ai attendu si longtemps, car tout simplement je ne voulais plus penser à cet homme qui m’a fait peur. Je ne sais pas trop quoi faire, peut-être qu’au téléphone ça serait plus simple pour moi, mais ça leur permettrait de m’expédier plus facilement. Une prof de droit à qui j’en ai parlé m’a indiqué qu’il était possible d’écrire au procureur de la république si les policiers n’avaient pas fait leur travail. Je ne sais pas quoi faire, peut-être dans un premier temps appeler, et si je suis expédiée, aller les voir.

7/ J’espère que ce témoignage pourra vous aider. Suite à une agression à l’arme blanche –plus exactement un petit hachoir–de la part de mon mari, nous étions en plein divorce. Il squattait notre appartement et ne payait plus les loyers. J’avais fui le logement.

Je me rends dans cet appartement accompagné d’un ami pour y récupérer des affaires. Mon mari était absent. Il arrive et nous trouve dans l’appartement. Fou de rage, il nous agresse, nous arrivons à nous enfuir… Il a juste tenté une intimidation, mais j’ai pensé que mon ami allait y passer. Il faisait de grands gestes avec le hachoir et barrait la route à mon ami. Il l’a frappé avec mais pas du côté de la lame, heureusement.

Bref, complètement affolée, j’arrive à l’hôtel de police de M. Je me retrouve face à une agente de police qui me demande qui est ce monsieur. Je lui dis que c’est un ami. Elle conclut que c’est une histoire–le coup de hachoir–entre mari et femme et que ce monsieur qui m’a accompagné est mon amant. Je proteste, je me mets en colère, je suis à la limite de l’outrage à agent. Mon pote me dit qu’on va aller ailleurs. Nous sommes allés chez un médecin pour faire constater pour moi, une brûlure de cigarettes, et des bleus pour mon pote et la trace du plat du hachoir sur son bras.

Puis nous avons pu déposer plainte auprès de la gendarmerie hors secteur de M. La gendarme a été outrée qu’on m’ait refusé le dépôt de plainte, elle m’a même dit que les flics auraient dû aller chercher mon mari sur le champ et retrouver ce hachoir, le confondre en somme.

J’espère que ce témoignage fera avancer les choses. Sur le non-accueil des victimes de violences domestiques et l’impunité des hommes violents qui se croient tout permis. Depuis, j’ai fui cette ville. Et j’ai divorcé.

8/ C’était une nuit, le 10 juillet 2010, où un mec m’a violée. Au matin, je vais pour porter plainte au commissariat. J’explique alors au jeune homme policier de l’accueil ce qui m’est arrivé, et aussi qu’il m’est inimaginable d’en parler avec mon père étant donné qu’il a appris six mois auparavant que sa soeur a été violée lorsqu’elle était petite par mon oncle (donc leur frère) et des voisins. Je lui dis que je n’ai plus de relation avec ma mère. Je lui raconte comment j’ai été violée par un mec avec une arme sur la gorge. Il me rétorque –et ces mots resteront gravés dans ma mémoire: « Je vous conseille d’abord d’aller en parler à vos parents parce que vous avez seize ans ». Je me dis que ce n’est pas possible, que cet homme n’a rien écouté ou voulu entendre de ce que je racontais. Il voit mes larmes et ma détresse et pourtant il reste planté devant moi, derrière son bureau, sans rien dire d’autre.

Je pars et je me dis que j’hallucine. J’envoie un message à une amie pour que l’on se retrouve dans un café. Je lui raconte ma nuit et ma matinée. Elle me propose qu’on aille ensemble sur les lieux pour récupérer les indices laissés (tournevis qu’on met dans un sachet plastique vide de filtres de tabac) et je vois le préservatif mais je ne dis rien à cette amie par honte d’avoir eu le réflexe d’avoir supplié cet homme d’en mettre un s’il voulait me violer.

On retourne toutes les deux au commissariat et, comme c’est le week end, les personnes de la brigade des mineurs sont absent·e·s. Quand on y retourne, je vois le jeune policier de l’accueil et deux autres policiers en civil, qui ont l’air d’avoir plus d’expérience, qui descendent à ce moment-là. Ma copine leur explique que j’ai été violée. Ils me disent de monter avec eux pour « parler de ce qui m’était arrivé ». Je refuse et dis que j’accepte uniquement si mon père n’est pas mis au courant. Ils me disent que c’est impossible. Je leur dis qu’alors que je ne veux pas et je m’apprête à faire marche arrière mais ils m’en empêchent. Un ou deux, je ne sais plus exactement, me tire par le bras en direction de la porte qui mène à leurs bureaux. En quelques secondes, je cède et je les suis parce que je me sens piégée et sans autre choix à ce moment précis, vu mon état d’extrême stress.

Je suis dans un bureau, d’abord avec mon amie qui commence à leur raconter ce qui s’est passé ce matin-là, qui  leur parle de nos textos matinaux à notre arrivée au commissariat. Le policier face à nous note tout ça dans son ordinateur et pose des questions. Puis ils demandent à mon amie de passer dans un autre bureau pour que je puisse faire ma déposition seule et qu’elle témoigne sur ce qui s’était passé et sur moi. En attendant, le policier avec qui je suis seule me demande de lui expliquer tout ce qui s’est passé jusqu’à ce matin-là, d’après ce que je me rappelle. Puis il me pose des questions : « est ce que tu étais vierge? » et revient sur tous les détails de la chronologie afin que ça « colle pour le procès », me dit-il. Me demandant des précisions sur des détails qui pourraient identifier mon agresseur. Me demandant aussi pourquoi j’étais seule la nuit. D’ailleurs, pendant la déposition, un policier en uniforme est entré sans frapper à la porte fermée. Il a regardé l’écran d’ordinateur de son collègue qui écrivait la déposition et a lancé « mais qu’est-ce qu’une gamine de seize ans faisait dehors la nuit! Ça va pas bien ! Qu’est-ce qui t’as pris? Hein? » en me regardant d’un air effaré. Il ressort l’air de rien. La déposition continue.

Le policier imprime la déposition. Me demande de la relire et de la signer.  Puis on retourne sur les lieux du crime pour qu’ils prennent toutes les empreintes nécessaires et aussi que je fasse une reconstitution dans l’espace de ce qui m’était arrivé. Ils prélèvent le préservatif trouvé sur les lieux et prennent le tournevis que mon amie (qui nous a aussi accompagnés) a mis plus tôt dans un sac plastique.

Ensuite, on va chez moi. Mon père est absent. Je récupère ma serviette hygiénique imbibée de mes menstruations que je portais cette nuit-à et que j’avais mise dans un sac poubelle. Ils me demandent de changer de vêtements afin de les récupérer, comme mes chaussures, pour procéder à des tests ADN.

Je crois que c’est après ça que mon amie est partie.

Ensuite, avec leur véhicule de police, ils m’emmènent à l’hôpital pour aller voir une gynécologue—c’est la première fois pour moi. Ils « réquisitionnent », c’est à dire que nous sommes prioritaires pour la consultation médicale. La gynécologue fait un prélèvement dans mon vagin (il me semble) et regarde pour voir si je n’ai rien « d’abîmé ». Je me souviens avoir senti quelque chose de très froid. Elle me demande quelle a été ma douleur physique sur une échelle de 1 à 10 au moment des faits–1 pour une petite douleur et 10 pour extrêmement forte.

Pendant ce temps, des policiers appellent mon père pour le faire venir au commissariat pour lui dire ce qui s’est passé.  Je me souviendrai toujours, en rentrant de l’hôpital, d’avoir franchi la porte du commissariat, d’avoir aperçu une personne attendant assise sur une chaise dans le hall, et de mon père avec un ou deux policiers venant juste de lui annoncer. Il me prend dans ses bras et je me souviens de mon malaise à sentir que toutes ces personnes inconnues me regardaient m’effondrer en larmes. Après ça c’est assez flou pour moi aujourd’hui.

Je me souviens d’être retournée à plusieurs reprises au commissariat et d’avoir rencontré des personnes de l’équipe de la brigade des mineurs. Je dois plusieurs fois expliquer, ré expliquer, re–raconter en boucle ce qui m’est arrivé. Même retourner sur les lieux, parce que ça n’est pas parfaitement « cohérent » les déplacements, les positions que j’ai décrites.  Je me souviens aussi que mon père a fait une déposition et que j’étais avec lui dans un bureau. Il a signé cette déposition et c’est lui qui a porté plainte et on s’est constitué « partie civile » parce que, en tant que mineure, je ne pouvais pas porter plainte moi-même.  Puis des policiers me contactent pour que j’identifie mon agresseur. Ils me montrent des photos d’identité de garçons. J’hésite peu de temps, malgré les photos très mal imprimées en noir et blanc.

Avec mon père, on décide de partir en vacances loin, en Corse, bien que ce soit à l’imprévu et que mon père soit fauché. L’enquête continue… jusqu’au procès et la défense fera appel. Ça se finit cinq ans après les faits.

Voilà mon témoignage qui peut contenir des parties erronées car la mémoire peut jouer des tours, surtout avec un PSTD mais c’est ce dont je me souviens maintenant. En espérant que ça pourra apporter et aider dans nos luttes.

9/ C’était en 2006, j’ai réalisé que ce que j’avais vécu, ce n’était pas de l’amour, mais des violences et qu’il fallait qu’il soit mis en tôle pour ce qu’il avait fait. Je sortais de l’hôpital, et le 1er septembre 2006, je suis allée faire des courses. Je passe devant le commissariat d’A… et sur un « coup de tête », j’y suis allée. J’avais très peur quand je me suis approchée de la porte, mon coeur battait à 300 à l’heure. Je me suis dirigée vers le policier, et d’une toute petite voix, j’ai dit le motif. Il m’a tout de suite dirigée vers une femme, en fait, je le lui ai demandé et ça, c’était quand même pas mal. Là, c’est devenu plus compliqué, la policière était en pleine enquête, donc elle quand même pris ma plainte mais elle était sur une autre affaire en même temps. Son téléphone sonnait toutes les deux minutes et à chaque fois qu’elle reprenait l’interrogatoire, elle ne savait plus où elle en était, donc ça a rendu le processus encore plus pénible. Elle a indiqué sur le procès-verbal qu’il fallait que j’aille à l’UMJ, que j’avais des journaux intimes en ma possession qui prouvaient la relation. Je suis allée à l’UMJ où ça s’est très mal passé. Le médecin m’a expédiée en me disant que les faits étaient trop anciens, que ce rendez-vous était inutile, et qu’il demandait une expertise psychiatrique. Cette expertise n’a pas eu lieu. Ensuite, j’ai été entendue juste après par une policière dans la ville où je vivais à qui j’ai apporté mes journaux intimes—ce que je n’aurais pas dû faire d’ailleurs, je culpabilise encore à ce sujet. Ca s’est plutôt bien passé. Par contre, l’interrogatoire d’après a été terrible–j’ai été prévenue par téléphone quelques jours avant Noël 2006. J’étais dans le bus, et un policier m’appelle et me dit : « vous êtes attendue demain matin 9 heures au commissariat de J. ». Je rappelle et je dis : « est-ce que je ne devrais pas plutôt être prévenue par écrit ? ». Il me répond d’une voix assez sèche : « c’est comme ça ! » Je négocie pour que le rendez-vous soit fixé à 9 heures 30 et il me dit qu’il y aura une confrontation. Ceci pour le lendemain matin. J’ai passé la pire soirée de ma vie. Je devais regarder « Star Ac » avec une copine, mais la soirée a été une catastrophe, j’étais terrorisée à l’idée de me retrouver seule face à deux gendarmes.

Donc je dors très mal, et mon père m’accompagne. J’arrive à la gendarmerie, je demande à être auditionnée par des femmes. On me rit au nez, ça m’est refusé. Le policier commence à me poser des questions assez blessantes, assez sèches. Je me sentais dans mes petits souliers, je me sentais très mal. Il me dit : « vous preniez la pilule à l’époque, donc vous étiez consentante ». Je lui réponds « non, c’est juste que je ne voulais pas tomber enceinte des violences qu’il me faisait subir ». Ca se passe très mal, j’éclate en sanglots, je suis obligée de lui demander un verre d’eau pour me reprendre un peu et pouvoir répondre aux questions, je suis obligée d’insister. Et il ajoute : « mais en fait, vous étiez juste jalouse, vous avez juste voulu vous venger ». Au lieu d’être impartial, il choisissait le côté de l’agresseur. J’étais de plus en plus mal. A la fin de l’interrogatoire, il s’est absenté, je pense qu’il a appelé le substitut ou quelqu’un du tribunal et il revient en me disant qu’il n’y aura pas de confrontation—parce qu’il n’y a pas de crime. Pour lui, c’est juste une relation qui a mal fini, point barre. Il a fait d’autres remarques vraiment misogynes et il a insisté sur le fait que j’étais mentalement dérangée. Il m’a traitée comme une folle. Quand il m’a raccompagnée vers mon père qui m’attendait, il lui a dit : « votre fille, elle est un peu dérangée, elle ne tourne pas rond quand même ». J’étais au bord des larmes, j’ai passé le pire Noël de ma vie. Après, j’étais tellement traumatisée, je n’ai plus voulu faire de démarches, c’était trop dur pour moi. Je suis allée voir une juriste du « Point d’accès au droit » qui était très bien. J’ai fait des démarches auprès d’une association d’aide aux victimes. Mais là, j’ai eu des mauvais retours avec les avocates, des rendez-vous qui se sont très mal passés. Une de ces avocates m’a été indiquée par l’association d’aide aux victimes, elle était soi-disant spécialisée dans ce type de cas mais en fait, ça s’est très mal passé. L’autre n’était pas spécialisée, on me l’avait juste conseillée, et j’aurais dû me méfier. La première juriste du « Point d’accès au droit » a été très gentille avec moi, je lui ai dit : « voilà ma plainte, voilà comment ça s’est passé », et elle m’a dit : « ok, je vais voir avec le tribunal de P. où en est votre plainte ». Et là, ça a été la douche froide : c’était classé sans suite. Pour ce qui est de savoir si ces policiers avaient reçu une formation, je dirais qu’à A., la policière, celle qui était sur une autre affaire en même temps, je pense qu’elle avait reçu une formation. Par contre, les autres n’étaient visiblement pas formés.

10/ Voici mon témoignage. Il s’agissait d’une relation avec un collègue de travail qui a duré un peu moins de 3 mois.

Les faits : dénigrements à répétition, attouchements non consentis à répétition dans des lieux publics, pénétrations hyper brutales et rapports sexuels poursuivis sans mon consentement. La première fois, je lui ai dit 5 ou 6 fois « arrête » car j’avais mal. Il a continué. La deuxième fois, je lui ai dit « Je te sens trop ». Il m’a répondu « Mais moi, j’aime bien quand je te sens ». Il a continué.

Il m’a dit deux fois « tu m’appartiens » et une fois « je peux faire de toi ce que je veux ». Il me mordait hyper fort les seins en me disant que j’avais un problème car après, je lui disais avoir mal. Hors contexte sexuel, il m’a serré deux fois les poignets et m’a notamment mis une baffe en riant.

J’ai arrêté mon travail précipitamment par la suite.

Au commissariat : j’ai déposé une main courante le 07/04/2017. La première policière était empathique et m’a dit que je pouvais déposer plainte. Elle m’a rappelée le 11/04/2017, me demandant si je souhaitais déposer plainte. J’ai pris rendez-vous le 24/04/2017 avec une autre policière. Au départ, j’ai indiqué à la deuxième policière que l’homme contre qui je portais plainte regardait des sites d’escorts et que sa collaboratrice m’avait dit qu’on trouverait sans doute des choses hyper violentes dans son ordinateur. Elle m’a répondu que c’était n’importe quoi, que de toute façon, il y avait des sados masos consentants et que tout le monde avait vu « Cinquante nuances de Grey ». 

Elle a refusé d’inscrire sur la plainte les éléments de violence verbale/psychologique/dénigrement. Elle m’a indiqué que pour certaines plaintes, il n’y avait pas d’enquête de toute façon. Quand je lui ai expliqué avoir dit à 5 ou 6 reprises « arrête ! » elle m’a dit « oui mais après, vous n’avez pas redit « arrête », donc je note « après je n’ai pas redit « arrête ». Elle a écrit que j’avais refusé d’aller aux UMJ, ce qui est faux. Parce que je pleurais en expliquant quelque chose, elle m’a montré l’affiche de la psy du commissariat en me disant « Je ne suis pas psy. La psy, c’est là! ». Lorsque je lui ai dit que j’avais des arrêts maladie et des attestations, elle m’a demandé si c’était des « témoins directs ». J’ai répondu « non ». Elle a refusé de les prendre, me disant qu’elle ne prenait que les attestations de témoins directs. Elle ne voulait pas corriger la plainte, prétendant que j’avais déjà demandé à la relire cinq ou six fois (je ne l’avais lue qu’une fois en diagonale).

Par la suite, la psy du commissariat m’a dit que la première policière était nouvelle donc idéaliste alors que la deuxième était chevronnée et connaissait bien son travail mais que manifestement, il y avait eu un loupé.

Le 09/06/2017, j’ai enregistré l’homme en question à son insu dans un café. Il a reconnu les nombreuses fois où je lui ai dit « arrête ! » tout en niant l’intention. La police a refusé de prendre mes enregistrements.

La 11/08/2017, ma plainte a été classée pour absence d’infraction (une avocate m’a dit que la plainte avait été mal prise car on ne voyait absolument pas les éléments de contrainte, surprise, menace ou violence sur la plainte). Je sais que c’est loin d’être la pire plainte mais je l’ai très mal vécue.

 

Observations sur ces quelques témoignages

  • Pratiquement toutes ces plaintes ont été classées sans suite—alors même qu’il était clair dans certains cas que l’agresseur représentait une menace évidente pour toutes les femmes.
  • D’après certains de ces témoignages (et d’autres dont j’ai eu connaissance), les plaintes pour viol conjugal font l’objet d’un accueil systématiquement sceptique de la part des personnels de police. De la même façon qu’une mère qui découvre des comportements incestueux de son mari sur son enfant et qui le quitte va faire l’objet d’une méfiance systématique, va être accusée de mentir pour obtenir la garde de l’enfant et d’être une « mère aliénante », les femmes victimes de viol conjugal (et autres violences) qui se séparent de leur mari vont être soupçonnées, si elles portent plainte contre lui pour viol conjugal, de vouloir se venger suite à une séparation conflictuelle. 90% des plaintes pour viol conjugal se terminent pas un « sans suite ».  En tant que crime punissable par la loi, le viol conjugal n’existe donc que sur le papier, concrètement ce crime n’est qu’exceptionnellement sanctionné par la justice et donc presque totalement impuni.
  • L’accueil dans les commissariats et postes de gendarmerie continue à être majoritairement indifférent ou hostile, les remarques misogynes (de la part de policiers et de policières) sont fréquentes.
  • La formation des policier-es à l’accueil des femmes victimes de violences sexuelles ne semble pas généralisée. Il semble qu’on puisse avoir affaire à des personnes formées à cet accueil dans les grandes villes, mais dans les petites villes et zones rurales, c’est peu probable.
  • Même dans le cas où on a affaire à des personnels formés, ce n’est pas la panacée. On voit ci-dessus que des personnes formées ont néanmoins une attitude indifférente ou hostile et tiennent des propos misogynes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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