INTERVIEW DE FRANCOISE SOLDANI

Par Francine Sporenda


Françoise Soldani a fait ses études universitaires à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence, puis à la Sorbonne, où elle a étudié les questions ayant trait à l’égalité entre les femmes et les hommes, et les études de genre. Elle dispense des formations ayant trait à ces questions ainsi que la sociologie de la famille et des modes de vie au sein de différentes structures. Elle vient de publier « La Voix des femmes » (Éditions Le Bateau ivre).

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F. : Vous parlez dans votre livre d’Hubertine Auclert, qui a été la première suffragiste et suffragette française. Et on se pose la question : pourquoi le vote des femmes a-t-il été acquis si tard en France ? Qu’est-ce que cela dit, selon vous, sur les relations femmes-hommes dans ce pays, qui sont soi-disant si « harmonieuses » ? Est-ce que cette soi-disant « harmonie » ne relève pas surtout du « sexisme bienveillant » ?

F.S. : C’est vrai que la France a un retard important par rapport aux autres pays occidentaux pour ce qui est du suffrage des femmes, d’autant plus que le « suffrage universel » a été adopté plus tôt que dans autres pays occidentaux—mais le suffrage universel masculin. D’après ce que j’ai pu étudier et comprendre, là où le bât blesse, c’est dans la notion d’universalité. Le droit de vote qualifié d’universel fait référence au détenteur de ce droit, qui est un « citoyen universel » mais dans la conception française, le citoyen universel abstrait ne peut être qu’un homme. Les femmes sont rivées à leur sexe, qui les place en position d’infériorité et les assigne à d’autres rôles, ceux de la sphère privée notamment. Donc c’est bien d’une volonté politique d’exclusion dont on parle, celle qui émane d’une société dirigée par les hommes soucieux de garder l’ordre sexué qui les sert : le citoyen universel ne pouvant être qu’un homme, les femmes ne pouvaient pas voter. Ceci s’insère dans le cadre historique des relations hommes-femmes : dans les réalités sociales et politiques, ces relations sont construites sur la domination masculine, les discriminations et les violences, et certainement pas sur l’harmonie. Les relations entre les hommes et les femmes sont dites harmonieuses en France au nom du mode de vie à la française, la complémentarité entre les sexes, la galanterie, et oui, on est là dans le sexisme bienveillant.

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On se conforte dans l’idée que les femmes mériteraient un traitement différent au nom de leur faiblesse, de leur sensibilité, ce qui crée des relations complètement biaisées. De vraies relations harmonieuses entre hommes et femmes sont fondées sur le socle de l’égalité réelle et de la laïcité, pas sur la domination masculine. Comment peut-on parler d’harmonie entre les sexes quand on comptabilise les femmes victimes d’une conjugalité mortifère—une femme qui meurt tous les trois jours sous les coups d’un compagnon ou ex en France–, 82 000 viols par an sur les personnes majeures, le harcèlement sexuel, les écarts de salaire, le plafond de verre, le plancher collant, les retraites amputées, l’inégale répartition du travail domestique ? L’harmonie entre les sexes, c’est le nom de code du sexisme bienveillant. Et c’est aussi ça qui a contribué à l’accès très difficile des femmes aux droits politiques : certains hommes considéraient que les femmes étaient trop délicates et sensibles pour s’aventurer dans la politique, et moins armées intellectuellement.

F. : Mais il y a une mauvaise foi fondamentale dans cet argument de l’universalité parce qu’Hubertine Auclert elle-même relevait que l’on interdisait le droit de vote aux femmes mais que, par contre, l’Etat exigeait qu’elles payent des impôts. C’était un double standard manifeste.

F.S. : Voilà, on était citoyennes quand cela pouvait servir, comme faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat, mais quand il s’agissait de participer à la vie de la cité, là, on leur demandait de rester à leur place, celle que les hommes avaient décidée pour elles.

F. : Quand on lit des ouvrages sur les féministes du XIXème siècle, on les a souvent présentées comme focalisées exclusivement sur le droit de vote. Il n’en est rien, ces féministes se sont occupées de beaucoup d’autres sujets. Pouvez-vous nous parler de ces autres combats ?

F.S. :  Ces féministes de la Première vague ont mené tous les combats. Bien sûr, pour le droit de vote des femmes, mais pas uniquement. Par exemple Hubertine Auclert, il y a presque 150 ans, a milité pour l’égalité des salaires entre hommes et femmes, le droit de propriété des femmes (les biens des femmes mariées, ainsi que leurs revenus, appartenaient à leur mari NDLR), leur autonomie dans le mariage et le fait qu’elles devaient garder leur nom, elle a dénoncé la fausse neutralité du masculin et a proposé la féminisation des noms de métier—toujours pas acquise. Les violences envers les femmes sont aussi un de ses combats prioritaires, elle a dénoncé la clémence scandaleuse des tribunaux face aux « crimes passionnels », terme qui est toujours employé par les media, voire même les avocats. Clémence qu’elle a qualifiée d’«appel au meurtre ».  Elle a défendu la liberté sexuelle, le droit à l’avortement, les prostituées, et bien sûr le droit à l’éducation des filles. Elle a dénoncé les préjugés qui enfermaient les femmes dans la vie domestique et le non partage des tâches ménagères. Et Madeleine Pelletier s’est battue pour obtenir le droit–pour elle et pour toutes les femmes– de se présenter à l’internat des hôpitaux psychiatriques et de faire des études de psychiatrie. Comme elles ont analysé les ressorts de la domination masculine, à partir de ce constat, aucun domaine ne pouvait leur échapper ; et d’ailleurs Hubertine Auclert se proclamait « féministe intégrale », au sens où tous les aspects de la condition féminine devaient être traités.

F. : Toute la thématique féministe actuelle était déjà présente au départ, c’est fascinant.

F.S. : D’autant plus lorsqu’on on compare avec ce qui se passe aujourd’hui dans le féminisme : on est étonné-es de constater une pensée aussi acérée, aussi limpide et sans concession.

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Hubertine Auclert jeune

F. : Dans les années 1860/1870 en France, il y avait déjà des femmes qui étaient totalement dans la problématique du féminisme radical…

F.S. : Et pourtant, elles n’ont jamais eu une large couverture dans la presse, elles sont absentes des livres d’histoire, et même parmi les féministes, il y en a peu qui les connaissent. Je me suis intéressée à Hubertine Auclert quand j’ai fait des recherches sur l’égalité, et je me suis dit » mais c‘est un monument ! »

F. : Olympe de Gouges écrivait « l’ignorance, l’oubli, ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements ». Cela fait écho à des analyses féministes radicales actuelles, qui voient dans le pouvoir masculin, basé sur la contrainte et la violence la source de tous les maux du monde moderne, de la destruction de l’environnement aux guerres. Qu’en pensez-vous ?

F.S. : Je m’inscris dans cette analyse, car quand une société se construit en ignorant la moitié de sa population, elle ne peut s’imposer que par la contrainte et la violence. Qu’elle soit physique ou institutionnelle/légitime, au sens de Max Weber. C’est-à-dire que la loi du plus fort va s’exercer physiquement, par la violence, mais aussi de manière invisible sous couvert de légitimité, en limitant les libertés, en instituant un statut de subordination pour les femmes, en limitant leurs droits, en organisant un statut de mineure à vie, comme dans le code Napoléon. Ce pouvoir masculin crée nécessairement l’exploitation, l’oppression, la corruption et la destruction à très grande échelle—car c’est son mode de fonctionnement.

F. : Ca m’a frappée de lire ça sous la plume d’Olympe de Gouges parce que c’est un grand thème des féministes radicales : que la domination masculine est la cause de 95% des problèmes de l’humanité. C’est fascinant de voir qu’il y a 250 ans, il y avait des femmes qui posaient déjà le même diagnostic.

F.S. : Et c’est un diagnostic qui a toujours du mal à s’imposer.

F. : Hubertine Auclert (1848-1914), première suffragiste et suffragette française, fut une féministe radicale dont les analyses sont étonnamment en avance sur son époque. Vous avez déjà mentionné certaines de ses revendications avant-gardistes. A ça, j’ajoute les précisions suivantes : c’est elle qui a popularisé le mot de « féminisme » pour nommer le mouvement pour les droits des femmes, c’est elle qui a inventé la formule « à travail égal, salaire égal ». Elle a défendu le principe de parité, avec « 50% de femmes dans les assemblées ». Elle a réclamé le paiement des services ménagers rendus par les femmes, etc. Les revendications féministes qu’elle défendait étaient tellement révolutionnaires pour l’époque que les féministes du XXIème siècle se battent encore pour beaucoup d’entre elles. Pourtant, Auclert est inconnue de la plupart des féministes. Comment expliquez-vous cette lucidité visionnaire ?

F.S. :  C’est vrai que cette femme est impressionnante. Elle est construite, elle percute, elle est visionnaire. Elle a forgé sa détermination et sa lucidité féministe pendant son enfance, où elle a été épouvantée par la brutalité de l’homme envers la femme, selon ses propres termes. Elle-même a eu maille à partir avec un frère qui voulait la contrôler, qui l’a expulsée de la maison familiale et l’a mise de force dans un couvent pour s’en débarrasser après la mort de leur mère. Et au passage a aussi essayé de capter son héritage. Elle a également été exclue du couvent pour cause de caractère trop indépendant, ce qui l’a éclairée sur le rôle joué par la religion dans l’asservissement des femmes. Elle était brillamment intelligente et profondément humaine–ce sont les deux pôles de sa personnalité et de sa pensée. Sa pensée n’a fait que s’enrichir en se développant dans le sens d’un féminisme radical qu’elle voyait comme seul pouvant détruire l’ordre sexué que les hommes voulaient perpétuer. Elle avait compris que le féminisme radical était offensif et pouvait mettre fin à ce qu’elle appelait « la politique des petits pas », c’est-à-dire demander quelque chose, mais pas trop, ne pas effrayer les hommes, ne pas aller trop loin—approche qui existe toujours actuellement, nous en avons l’illustration avec les levers de bouclier devant les mouvements #Mee Too et Balance Ton Porc. Elle, elle a toujours dit : « il faut être radicale, il faut y aller fort, il faut mener des actions coups d’éclat sinon on n’y arrivera jamais ». Cette lucidité vient de son enfance et de son adolescence, et ensuite de ses avancées intellectuelles personnelles…

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Hubertine Auclert renverse les urnes

F. : Elle a aussi été élevée dans un milieu relativement favorable puisque son père était un Républicain extrêmement convaincu et militant, très anti-religieux, donc la révolte contre le statu quo fait partie de son héritage familial.

F.S. : Elle a été élevée sur un terreau propice…

F. : Vous rappelez dans votre livre qu’elle a essayé d’associer luttes féministes et luttes socialistes mais que devant les résistances et la misogynie des socialistes, elle a abandonné et quitté le parti (en fait, elle a été exclue). Elle a écrit : « j’ai bien peur que l’égalité humaine prêchée par toutes les écoles socialistes ne soit encore que l’égalité des hommes entre eux et que les femmes ne soient dupées par le prolétariat comme les prolétaires l’ont été par les bourgeois ». Selon elle, « la liaison entre féminisme et partis politiques est vouée à, l’échec ». Militer dans un parti progressiste, c’est une question que se posent toujours les féministes. Pensez-vous que la conclusion d’Hubertine Auclert soit toujours valable ?

F.S. : Oui, elle reste toujours valable, parce que les questions d’égalité pour les femmes, même si les partis disent ne pas les occulter, ne sont jamais des questions prioritaires. Pour les partis politiques et pour les partis de gauche, il y a toujours quelque chose de plus important à faire. Et surtout, il y a  cette idée récurrente que, lorsque la société sera plus juste, les femmes en retireront automatiquement des bénéfices, et qu’il faut juste travailler sur la société dans son ensemble avant de travailler sur la condition des femmes. On retrouve cette approche dans les formations politiques quelles qu’elles soient.

F. : C’est une sorte de théorie du « trickle down » appliquée aux femmes—par des gens qui la ridiculisent quand elle est proposée aux prolétaires par les capitalistes…

F.S. : L’histoire démontre que, chaque fois que les femmes ont obtenu des droits et des libertés, elles les doivent à leur seul combat et certainement pas à la théorie du ruissellement. Je me demande par exemple si le droit à l’avortement aurait été inscrit à l’agenda des débats publics par un parti politique si le mouvement des femmes ne l’avait pas exigé. Hubertine Auclert l’avait bien compris, elle avait compris que compter sur les partis politiques pour défendre les femmes ne marchait pas—et on en est toujours au même point. Bien sûr, on a avancé, nous ne sommes plus dans la situation de nos arrière-grand-mères—mais on n’est toujours pas dans l’égalité réelle, et le patriarcat ne cesse de se recomposer.

F. : Elle avait très bien observé que dans les partis de gauche, la réalisation complète des droits des femmes, c’est toujours pour après : après que le parti aura pris le pouvoir, et quand les conditions objectives seront réunies. Et elle observait très justement : « ces partis promettent la lune aux femmes, exactement comme la religion promet le paradis aux croyants ».

F.S. : Il y a aussi l’intérêt pour les partis que les femmes y investissent leurs énergies et y fassent du travail de petite main, bénévolement, puis retournent à la case départ.

F. : Il y a une chose qui m’a beaucoup frappée aussi, c’est la créativité et l’audace des actions féministes lancées par Hubertine Auclert. Par exemple, elle a refusé de payer ses impôts sous prétexte que l’Etat lui refusait le droit de vote : « je ne vote pas, je ne paye pas ». Elle a refusé de participer aux recensements : « si nous ne comptons pas, pourquoi nous compter ? » Elle a renversé des urnes et déchiré des bulletins de vote lors des élections municipales de Paris en 1908 en criant : « ces urnes sont illégales, elles ne contiennent que des votes masculins ». Le type d’actions spectaculaires qu’elle préconisait a été une source d’inspiration pour les suffragettes anglaises. Ce type d’action a été largement abandonné par le féminisme moderne. Pensez-vous qu’il faudrait revenir à ce type d’actions radicales et spectaculaires ?

F.S. :  Oui, je pense que ce type d’action présente un intérêt certain, parce qu’elles portent en elles le germe de la révolte, voire de la révolution féministe. Le mot « révolution », cela implique un tour complet. Et Hubertine Auclert voulait un tour complet, pas juste réduire un peu l’oppression. Elle avait compris que c’est par des actions radicales qu’on pouvait aller à l’essentiel, certainement beaucoup plus qu’en restant dans des modes de communication classiques—des meetings, des articles, etc. Et qu’il fallait frapper fort pour se faire entendre.

F. : Vous parlez aussi de Madeleine Pelletier qui voulait devenir médecin psychiatre et qui s’est battue pour l’accès des femmes à l’enseignement supérieur et la reconnaissance de leur égalité intellectuelle avec les hommes. Elle préconisa également le refus du mariage et de la sexualité, tout en défendant l’amour libre, le droit à la contraception et à l’avortement et la défense des prostituées. Elle a exprimé son indignation devant le fait que des hommes ignorants et médiocres étaient aux commandes partout—alors que des femmes brillantes étaient tenues à l’écart. Pouvez-vous nous parler du combat que les femmes ont mené pour avoir accès à l’instruction ?

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Madeleine Pelletier

F.S. :  La première femme qui a pu passer son bac, c’est Julie-Victoire Daubié, en 1861. Elle a écrit un mémoire qui a été remarqué quand elle était encore en « école primaire supérieure » et elle a eu le soutien d’un homme pour se présenter—mais elle a dû batailler pour pouvoir se présenter aux épreuves. Elle a eu son bac mais elle a quand même attendu neuf mois avant que le ministre de l’Instruction publique soit contraint de signer son diplôme–mais en fait, les filles ne pourront se présenter officiellement au baccalauréat qu’en 1924.

Et si leur droit à l’instruction date officiellement de 1880, l’instruction des filles a fait longtemps l’objet de débats : qu’est-ce qu’on devait leur enseigner, ou pas ? Il n’était pas question de leur enseigner les mêmes choses qu’aux  garçons. L’Église s’est beaucoup opposée à ce que les filles accèdent à l’instruction et a fait campagne pour qu’on leur enseigne les arts ménagers, la couture etc. Elles ont peu à peu investi des domaines comme les lettres ou les sciences, mais il restait toujours l’idée qu’elles étaient intellectuellement inférieures aux garçons, et qu’il fallait les diriger vers des savoirs conformes à leur nature féminine. Chaque fois qu’une étape a été franchie, les filles et les femmes ont dû s’imposer dans un domaine réservé aux hommes où elles étaient considérées plus comme des intruses que des égales.

Lorsque Madeleine Pelletier a voulu se présenter à l’internat des hôpitaux psychiatriques, elle a dû se battre pendant une année : elle n’a pas pu se présenter quand elle était prête, elle a dû attendre l’année suivante. Elle a mené une campagne de presse, relayée par « La Fronde », le journal de Marguerite Durand. On voit qu’alors que les garçons étaient libres de s’inscrire, les filles devaient faire leurs preuves pour triompher de l’injustice qui leur était faite. Toujours il leur était opposé qu’elles n’étaient pas à leur place, pas légitimes. Si on transpose au monde moderne, on voit bien que d’importantes découvertes faites par des femmes ont été spoliées, elles n’ont pas eu de prix Nobel, on ne les connaît pas—et ce dans divers domaines. A chaque fois, l’éducation des filles a été un enjeu, parce c’est ce qui leur ouvrait l’accès aux mêmes domaines et aux mêmes responsabilités que les hommes–des domaines réservés.

F. : Ce qui est frappant aussi dans ces combats, c’et que c’est une lutte pas à pas, pied à pied, il faut tout arracher de haute lutte, les hommes (sauf quelques-uns) résistent farouchement et bloquent ces avancées…

F.S. : Il faut une abnégation et une force de caractère peu communes pour mener des combats aussi longs et aussi fastidieux.

F. : Madeleine Pelletier écrivait : « je ne vois pas pourquoi il est plus particulièrement prescrit à une femme de raccommoder les vêtements, de faire la cuisine, de nettoyer le logement. La Nature n’a dit nulle part que la femme devait servir de domestique à son mari ». Ce chantier du partage des tâches domestiques n’a guère avancé depuis sa mort. Quels commentaires cette situation d’inaboutissement de nombreux chantiers féministes lancés il y a plus de cent ans vous inspire-t-elle ?

F.S. : Je peux dire que tout ce qui est conditionnement au partage des tâches domestiques– responsabilisation pour les femmes, exemption pour les hommes–intervient dès le plus jeune âge. On a affaire à un modèle qui est transmis, qui est observé et relayé par divers moyens et si ce modèle persiste, c’est qu’il contribue à perpétuer la domination masculine par l’assignation à des rôles et à des tâches sexuées. La « nature » ne renvoie pas les femmes aux tâches domestiques, seuls les préjugés le font. Comme le disait Olympe de Gouges: « le préjugé est un sot ». C’est le préjugé qui permet de faire perdurer un modèle de société profondément inégalitaire où les femmes sont éternellement renvoyées aux rôles de mères, d’épouses et de gestionnaires de la maison.

F. : Il y a une information que j’ai vu passer récemment : la Grande-Bretagne a instauré un congé parental d’une durée d’un an, à partager selon des durées variables entre le père et la mère d’un commun accord—la mère peut prendre 9 mois et le mari 3, ou 6 mois pour chacun etc. En fait, il y a seulement 2% des pères qui ont demandé à bénéficier de ce congé paternité. C’est révélateur.

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Hubertine Auclert a aussi dénoncé la condition des Algériennes

F.S. : C’est révélateur en effet. Tant que ces réformes seront laissées à la bonne volonté des hommes, tant que ça ne sera pas contraignant, il n’y aura rien. Parce qu’il y aura toujours une bonne raison de ne rien faire ; c’est comme dans les partis politiques, il y aura toujours « oui mais là, j’ai un projet à terminer » ou « impossible, parce que ma carrière est à un tournant crucial » …

F. : Ou le mari gagne plus que la femme, donc il ne peut pas s’absenter de son travail. Pourquoi ce sont toujours les femmes qui arrêtent de travailler quand un enfant arrive ?

F.S. : On se heurte à cette conception naturaliste qui veut que les femmes soient mieux préparées pour l’accueil de l’enfant. Dans ce domaine comme dans d’autres, tout reste à faire.

 

Pour tous renseignements sur les événements organisés pour célébrer le 170ème anniversaire de la naissance d’Hubertine Auclert en Avril 2018 : Collectif Hubertine Auclert, 7 rue Mandon 03210 MARIGNY, fillere.mjo@neuf.fr

 

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