INTERVIEW DE POMME

                                    Par Francine Sporenda

 

Pomme est maîtresse ès boulets d’internet. Communicante, succube féministe, antispéciste, neurodivergente, sceptique, « bookworm ». Son blog https://paietonreloud.wordpress.com/

 

 FS : Pouvez-nous dire quels sites ou apps de rencontre vous utilisez? Quelles sont les différences entre eux?

 

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MA : Mon premier site a été Adopteunmec, je suis inscrite sur ce site depuis… 8 ou 9 ans. Je me suis inscrite sur ce site à un moment de ma vie où mon cercle social était très restreint suite à un déménagement. Plus la rupture que j’avais vécue à ce moment-là, qui a été la cerise sur le gâteau. J’ai dû tomber sur une pub pour ce site et me dire « allez, je n’ai rien à perdre ». C’est après avoir créé mon blog quelques années plus tard que j’ai cherché d’autres sites pour comparer les publics, à savoir Badoo, OkCupid et quelques fois Tchatche, qui est le dernier en date mais pas du tout pratique pour récupérer les discus. Evidemment je ne fréquente pas de sites payants pour les femmes.

Je dirais que, pour Adopteunmec et OkCupid, les populations me semblent similaires–à la différence que sur OkCupid on trouve beaucoup plus de personnes étrangères et donc beaucoup d’hommes qui envisagent les femmes parisiennes comme moi comme une attraction d’un soir au même titre qu’une visite de la tour Eiffel. Ce sont deux sites sur lesquels un tri drastique permet de croiser des personnes intéressantes néanmoins, même si elles sont rares. À noter que la modération sur Adopteunmec est clairement plus efficace que sur OkCupid. Badoo est un site poubelle, je n’ai jamais rencontré de personnes intéressantes sur ce site. Tchatche je n’en parle pas, c’est un site que je recommande uniquement si on a envie d’envoyer chier du boulet après une sale journée. Pour autant qu’on ait des nerfs d’acier parce qu’on y est traité comme de la merde quand on est une femme.

FS :  Vous citez de nombreux cas où, malgré votre intention clairement exprimée de ne pas donner suite, les hommes qui vous envoient des charmes insistent lourdement et reviennent à la charge X fois.  Comment expliquez-vous ces comportements? Pensez vous que, pour ces hommes, le « non » d’une femme est littéralement inaudible, ou que la tactique de revenir à la charge indéfiniment est réellement payante pour eux?

MA : Payante, j’ai du mal à le croire. Dans le cadre d’une relation sexuelle par exemple, malheureusement, on sait très bien que des hommes violent des femmes en insistant jusqu’à ce qu’elles cèdent. Et céder n’est pas consentir. C’est notamment courant dans le cadre des viols conjugaux. Sur internet, les femmes sont moins en danger face à l’insistance des hommes et elles peuvent rapidement bloquer la personne donc je ne pense pas que ce soit payant.
J’ai longtemps pensé qu’ils ne comprenaient pas le mot « non » mais aujourd’hui, je crois qu’ils décident de l’ignorer et ce pour plusieurs raisons dont la principale à mes yeux est leur vanité. Un homme n’accepte pas, par principe, qu’une femme lui refuse quoi que ce soit. Alors insister c’est une manière pour lui d’essayer de reprendre un pouvoir dont il croit avoir été dépossédé uniquement parce qu’une femme, une personne inférieure, lui a refusé ce qu’il désirait. Cela me rappelle un article qui parlait du suicide des hommes et évoquait une des raisons qui était que les hommes considèrent qu’en tant qu’hommes, certaines choses leur reviennent de droit et s’ils ne les possèdent pas, ils se sentent comme… trahis par la société. Eh bien malheureusement je pense que les femmes font partie de « ces choses » qu’ils se considèrent en droit d’obtenir sur simple demande, et si une femme se permet de rappeler à un homme qu’elle est un être humain qui dispose de son libre arbitre, c’est intolérable pour beaucoup.

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Autre exemple : hier encore, j’ai vu un article sur une jeune femme qui avait répondu à un homme dans la rue qui lui faisait des remarques obscènes et qui du coup a été frappée. Cet homme considérant avoir le droit de la traiter comme bon lui semblait et ne supportant pas qu’elle OSE lui répondre http://www.konbini.com/fr/tendances-2/femme-frapper-video-pleine-rue-harcelement/. La logique est la même sur internet, à la différence qu’ils ne peuvent pas nous frapper. L’homme sait qu’il n’obtiendra rien en agissant comme ça : c’est sa fierté qui parle. « Ah ouais, tu veux pas me parler ? Bah on va voir. » C’est une tentative désespérée de soigner une virilité blessée. En fait, dès lors qu’on envisage leur comportement sous le regard de la domination, je pense que ça prend tout de suite plus de sens. Sinon, on peut se demander indéfiniment « mais ils sont idiots ? Pourquoi faire ça ? Ça ne leur apportera rien ».

Selon moi, il ne faut pas chercher plus loin, ils considèrent qu’en tant que femmes nous n’avons pas à leur dire non. Et si on suit cette logique, elle explique aussi les insultes ou encore les menaces. C’est une exigence de soumission.

FS :  Plusieurs hommes qui vous ont contactée vous ont envoyé des « dickpics » (photos de leur pénis) dès le premier contact. Que pensez-vous de cette pratique, et de ce qu’elle révèle des (mis)conceptions masculines sur le désir féminin?

MA : Est-ce qu’il y a des hommes qui, impactés par le porno et par la propagande de la société patriarcale de manière générale, imaginent que des femmes vont mouiller leur culotte et pousser des petits cris en découvrant par surprise une verge en érection sur leur écran ? Peut-être, de toute manière on persuade les hommes que seules leurs envies comptent et que les femmes s’adaptent à leurs envies (voire les partagent) : donc s’ils adorent leur bite, que leur bite est au centre de leur sexualité voire de leur vie, alors les femmes doivent l’adorer aussi. Et la société définit la sexualité hétérosexuelle telle qu’elle convient aux hommes cis, une sexualité centrée sur la pénétration et sur le pénis.

Mais je pense sincèrement qu’ils font surtout ce qu’ils ont envie de faire. Je ne crois pas que les désirs et les envies de parfaites inconnues les intéressent réellement. Si c’était le cas, ils demanderaient avant d’envoyer quoi ce soit, non ? Or aucun de ces hommes ne demande jamais « veux-tu me voir en photo ? Que voudrais-tu voir de moi ? ». Ils imposent des photos de leur pénis. Point. Ils s’imposent. Et ça ce n’est pas anodin. On a là des hommes qui font sciemment le choix d’imposer à une personne qui n’a rien demandé des photos de leur sexe. Ils décident de manière unilatérale de faire entrer l’intime au sein d’un échange entre deux inconnus. Et j’ai envie d’ajouter « comme d’habitude ». Le consentement est totalement nié et, pour moi, il ne fait aucun doute qu’ils retirent du plaisir du fait d’imposer à une femme la vue de leur pénis. C’est très violent et c’est surtout en parfaite continuité avec la manière dont les hommes imposent leur sexualité aux femmes dans la société, que ce soit au sein d’un couple, au travail, dans la rue ou sur internet.

FS : On peut voir ça comment l’équivalent virtuel du bon vieil exhibitionnisme en imperméable.

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MA : C’est pour ça que selon moi on est face à une pratique extrêmement viriliste. D’une part, ce sont des hommes qui se rassurent sur leur virilité en envoyant des photos de leur bite. Et je crois que la plupart du temps, ce sont eux qui aiment voir une photo de leur sexe postée sur internet. Je me demande d’ailleurs dans quelle mesure cela ne les excite pas. D’autre part, c’est clairement un acte qui vise à imposer, à nier l’autre et à la rabaisser. Que ce soit plus ou moins conscient.

Il ne faut d’ailleurs surtout pas sous-estimer le rôle d’humiliation de ces photos, j’ai croisé un nombre important de mecs qui m’envoyaient ce genre de photos en réponse à un refus. Et là on retrouve toute la violence viriliste qui ne se cache plus, incarnée par la verge, la photo remplace les mots violents comme « suce ma bite »–quand elle ne les accompagne pas d’ailleurs–que va dire un homme pour humilier une femme. Une photo de bite, c’est une manière de rappeler à la femme qu’elle est inférieure, que c’est elle qui est pénétrée, qu’elle doit donc la fermer face à l’homme qui a le pénis. Pour conclure, en voyant une dickpic, je dirais donc « ceci n’est pas une bite », ceci est ce qu’elle incarne au sein de la société patriarcale dans toute sa symbolique de violence et de domination.

 

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FS : Vous signalez également le cas de ces hommes d’âge à être votre père qui considèrent comme parfaitement normal de vous faire virtuellement des avances. Que pensez-vous de cette exigence masculine assez fréquente sur les sites de rencontre: les femmes qu’ils désirent rencontrer doivent être obligatoirement nettement plus jeunes qu’eux? Vous analysez cet bien cet agisme dont sont victimes les femmes dans votre article https://paietonreloud.wordpress.com/2017/12/28/agisme-mon-cul/#more-3668

MA : C’est tellement répandu… En fait je pense que la femme étant considérée comme un objet de valorisation pour l’homme au même titre qu’une… voiture, un gros salaire ou une belle maison, eh bien l’objectif de beaucoup d’hommes est de trouver une femme jolie et jeune et je dirais même jolie donc jeune. L’âge étant considéré chez les femmes comme un critère essentiel de beauté. Quelque part, la société envoie comme message que plus l’homme réussit sa vie, plus sa femme sera jeune et jolie. D’ailleurs les plus « grands » hommes ne sont-ils pas ceux qui ont le luxe de pouvoir avoir de très jeunes femmes à leur bras ? La valeur d’un homme ne se mesure-t-elle pas à la beauté et à la jeunesse de sa femme ? Qu’ils draguent sur des sites de rencontre, qu’ils se paient les services d’une escort girl ou qu’ils choisissent leur femme sur catalogue, leur préférence ira toujours vers une femme plus jeune, toujours plus jeune, la plus jeune possible (voir à ce sujet tout ce qui touche à la culture de la pédophilie), car c’est plus valorisant.

Ce qui m’amuse / me désespère beaucoup, c’est que ces hommes ne se demandent jamais si les jolies jeunes femmes qui les intéressent ont envie de se taper un vieux bedonnant. Jamais. Se faire draguer par des retraités n’est pas si rare que ça. Mais le problème, c’est qu’ils oublient que, comparativement aux artistes qu’ils envient, eux n’ont aucune monnaie d’échange à la beauté et à la jeunesse. Il faut être honnête, quand on regarde les profils de ces personnes, la réponse à la question « que proposent-ils en échange de la jeunesse ? » est toujours : rien. Ils ne sont pas séduisants, pas jeunes, pas riches, pas puissants, pas brillants, rien. En fait le seul atout qu’ils pensent avoir en leur possession et qu’ils croient suffisant est… le fait d’être un homme cis.

Moi j’ai conscience du ridicule de cette situation mais malheureusement eux, pas du tout. Ils sont même tout à fait décontenancés quand je leur demande ce qui pourrait me pousser moi, trentenaire parisienne entourée de jeunes hommes séduisants dans la ville lumière, à porter mon intérêt sur leur petite cinquantaine. Ce genre de questions, simples, évidentes, les font totalement bugger. Sachant qu’à mon âge ils n’auraient jamais jeté un regard en direction d’une femme ayant la cinquantaine évidement.  f

Soyons réaliste, à part Hugh Hefner, quel vieux monsieur de 80 ans peut espérer coucher avec une jeune femme mannequin à peine majeure ? Mais point de logique et de bon sens dans leur démarche, ils se disent qu’en tant qu’homme, avoir une femme jeune fait partie du package de cadeaux qu’ils reçoivent à la naissance. Un peu comme un droit de cuissage social. Vieillir ne les inquiète pas plus que ça vu qu’il est bien connu que les hommes vieillissent mieux que les femmes (enfin, c’est ce qu’on leur fait croire) et que, de toute manière, ils pourront toujours sortir avec une femme plus jeune qui leur permettra de se sentir jeune et fringant (ou pas).

 

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FS : Quelles sont les réactions des hommes à qui vous faites savoir que vous ne souhaitez pas donner suite? Insultes, harcèlement?

MA : Très peu d’hommes réagissent avec courtoisie. Pour eux, c’est une insulte, ce n’est pas tolérable. Une femme leur dit non à eux ? Une personne inférieure leur dit non à eux, des personnes supérieures ? Les hommes adorent se plaindre en disant qu’ils sont souvent rejetés alors que d’une, personne ne leur demande de « draguer » tout ce qui bouge, et de deux, ils oublient de préciser à quel point leurs réactions face au rejet sont violentes et poussent d’ailleurs les femmes à se protéger grâce à divers stratagèmes.

Au final, ils réagissent sur internet comme ils réagissent toujours, sauf que derrière un écran c’est beaucoup moins dangereux pour nous. Une partie des hommes va être désagréable avec attaques personnelles, soit sur le physique, soit sur la personnalité. Bref, des coups bas niveau bac à sable. C’est le classique « hey t’es belle, tu me files ton numéro ? Non, bah je m’en fous, t’es moche de toute manière ». Une partie va tenter de retrouver sa fierté par le harcèlement, comme je l’expliquais plus haut. Et une minorité– même s’ils sont bien trop nombreux– vont aller dans une extrême violence, que ce soit à travers des insultes voire des menaces très explicites « tu fais la maline mais t’inquiète, je vais te retrouver, le monde est petit ». Un texte édifiant par exemple pour illustrer cette extrême violence :https://paietonreloud.wordpress.com/2017/12/29/sortez-les-torches/

FS : Vous est-il arrivé d’être ghostée? Puis qu’un homme qui vous a ghostée fasse du « submarining »?

MA : Oui, comme la plupart des femmes, j’ai déjà eu des débuts de relations qui se sont terminées du jour au lendemain par la disparition de la personne. Mais ce ne sont pas des relations qui avaient débuté sur des sites de rencontre. Après, est-ce que j’ai déjà été ghostée sur les sites ? Oui sûrement, très souvent j’imagine, quand je vois le nombre de mecs qui me bloquent… mais étant donné que je ne suis pas dans une démarche de relation amoureuse, et vu le nombre de personnes qui me parlent quand je me connecte, je ne fais pas attention à celles qui disparaissent. Du coup je ne suis pas sûre qu’on puisse parler de ghosting dans mon cas.

Après, même en dehors de mon blog, je n’ai jamais eu une démarche amoureuse, je ne supporte pas les contextes de drague (cette approche toute en faux semblants, en essayant de coller à des attentes qu’on ne connait même pas) et du coup je m’investis dans des relations saines, amicales, qui vont s’établir naturellement au fil du temps. Et pour l’anecdote j’ai rencontré mon copain grâce à Adopteunmec mais indirectement. J’ai rencontré un très bon ami sur ce site qui un soir m’a amenée dans un bar qu’il fréquentait quand il était à la fac. Et le destin a voulu que l’on croise deux anciens amis à lui, l’un d’eux est devenu mon copain et cela fait sept ans qu’on est ensemble. Je conseille souvent aux gens que je connais et qui me demandent mon avis sur les sites de ne pas se focaliser sur un type de relation en particulier ou sur des critères rigides idéalisés parce qu’au final, même sur un site de rencontres, on ne sait pas où va nous mener une relation et ce, peu importe sa nature. Mais bref je digresse.

Le submarining non je n’ai jamais vécu ça. J’ai la chance de n’avoir jamais été confrontée à des relations toxiques, je dois dégager une substance répulsive parce que ces personnes ne se risquent pas à m’approcher, on dirait (je mets de côté les rencontres anonymes en ligne évidemment où là on a la chance de tout croiser, un pur bonheur).

FS :  Pouvez-vous nous parler de certains comportements masculins typiques sur ces sites?

 MA : Le stalking est quelque chose qui m’est déjà arrivé. Je parle par exemple de mecs qui vont télécharger ma photo de profil pour la mettre sur Google Images et essayer de trouver des informations personnelles à mon sujet, notamment sur d’autres réseaux sociaux. Et ils peuvent faire ça à partir de n’importe quelle autre information personnelle. J’ai vu des mecs faire ce travail d’enquête avant même de m’envoyer un premier message et commencer la discussion par me livrer les informations qu’ils avaient trouvées à mon sujet. Lorsque cela m’est arrivé, j’ai été médusée de réaliser que ces hommes étaient extrêmement fiers d’eux-mêmes et se vantaient d’avoir réussi à trouver des informations sur mon compte.

Le concept de vie privée les indiffère totalement et je pense que le fait d’apeurer une femme leur procure un sentiment de pouvoir qui les fait littéralement bander. Oui, ils en retirent du plaisir, il ne faut pas se voiler la face. Ces hommes savent que c’est effrayant pour une femme et ils le font pour se sentir puissants. Le pire, c’est qu’après avoir fait ça, ils espéraient toujours que nous allions échanger alors qu’ils ont évidemment gagné un blocage et un signalement à la modération. Et je vois souvent sur les réseaux sociaux des femmes qui se plaignent que des hommes croisés sur des sites de rencontre, des hommes avec lesquels elles ont refusé d’interagir, les traquaient et les retrouvaient sur Facebook par exemple comme si de rien n’était.

 

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Pour ma part j’ai vite appris à me protéger et aujourd’hui je fais très attention et je ne donne aucune information personnelle quand je ne connais pas suffisamment mon interlocuteur. Souvent les hommes me disent que je suis trop prudente, évidemment, car ils n’ont aucune idée de ce que subissent et de ce que risquent les femmes, mais non, je prends simplement les mesures nécessaires parce que je sais comment cela peut se passer. J’ai déjà reçu des menaces de violences physiques ou de viols. Et je conseille à toutes les femmes de rester méfiantes.

FS : Dans votre profil, vous annoncez la couleur et vous mentionnez que vous êtes féministe. Comment les hommes qui vous contactent réagissent-ils à l’annonce de votre féminisme?

MA : Bonne question. Il y a des hommes qui me posent des questions espérant débattre avec moi, des questions évidemment sans grand intérêt car… n’y connaissant rien. Si je devais donner un exemple de question pour montrer le niveau du débat qu’ils espèrent lancer, je dirais « ah donc t’es une Femen ? » ou « et l’écriture inclusive, t’en penses quoi ? ». Ils ne connaissent du féminisme que les clichés qu’ils entendent et qui leur suffisent. Ces hommes, la plupart du temps, prennent très mal la réponse que je leur fais, à savoir « je ne discute pas féminisme avec des hommes ». Ils sont ouah, vraiment vexés parce qu’ils pensent que leur avis sur un sujet qu’ils ne connaissent pas est forcément pertinent et mérite d’être écouté. « Ah tiens, une féministe je vais pouvoir lui expliquer qu’elle se trompe parce que je sais moi, je suis un homme ! ». Alors que non, absolument pas. Ils répètent les mêmes idioties qu’on entend à longueur de journée.

 

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Il y a aussi les hommes qui viennent en découdre. Le mot féminisme les attire comme des papillons, une féministe, c’est l’occasion de remettre à sa place une femme-symbole, qui n’a rien compris à la vie, qui incarne tout ce qu’ils détestent, cette liberté dont se réclament ces femmes qui osent les rejeter. Ce sont des personnes dont on sent très rapidement qu’elles sont agressives. Elles cherchent le conflit pour pouvoir très rapidement passer aux insultes et se décharger, vomir leur haine des femmes, leur frustration, leur médiocrité. La féministe, c’est un peu le punching ball de la virilité fragile de certains hommes. Ceux-là, il faut les bloquer rapidement (à moins de tenir un blog comme le mien).

Plus rares mais tout aussi insupportables, on a les profem. Ces hommes qui débarquent avec leur CV de pseudo-militants, qui imaginent que, du coup, je vais être ravie de rencontrer un égal et les féliciter de respecter les femmes, qui m’expliquent à quel point ils sont solidaires et qui, en deux phrases, ont sorti plus de propos sexistes que Jean-Michel qui voulait lancer un débat sur les Femen. Vous savez, ces hommes qui vont vous insulter parce que vous leur expliquez qu’ils ne sont pas féministes mais alliés. Bref, ce sont des plaies.
Et enfin ils sont suffisamment nombreux pour en parler : les hommes qui confondent féministes et sadiques ou dominatrices. Ce sont des hommes qui vont me demander si j’aime dominer les hommes, si je cherche des soumis, qui vont me dire que les femmes devraient avoir le pouvoir sur les hommes etc etc. Ce ne sont pas les plus méchants mais ils montrent que certains hommes arrivent même à sexualiser le combat des femmes pour leurs droits. C’est désespérant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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