INTERVIEW D’EUGENIE IZARD

                               Par Francine Sporenda

 

Eugénie Izard est pédopsychiatre, présidente du REPPEA (Réseau de professionnels pour la protection de l’enfance et de l’adolescence,  http://www.reppea.org), et auteure de « Danger en protection de l’enfance, dénis et instrumentalisation perverse » (avec Hélène Romano) et du « Livre blanc sur la protection des enfants maltraités » (avec Maurice Berger).

 

FS : Vous citez des chiffres effarants en ce qui concerne les violences sexuelles sur les enfants[1]: entre 60 000 et 150 000 mineurs victimes de violences sexuelles par an, 4 millions de victimes d’inceste en France (sondage AIVI), plus de 95% des faits constatés par la police ou la gendarmerie n’aboutissent à aucune condamnation (moins de 150 condamnations pour viols sur mineur par un majeur par an). Vous dites que les enfants ne sont pas protégés face aux agresseurs sexuels. Comment expliquez-vous cette énorme indifférence sociale et institutionnelle face à ces dizaines de milliers d’enfants victimes chaque année ?

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EI : Je crois qu’il y a un déni de la société, et ce déni est là pour se protéger contre les affects négatifs, contre ce qui est douloureux-. Je crois qu’il y a une grande difficulté pour la société à prendre en compte ces drames. Parce que ça vient toucher le sentiment de sécurité et de confiance, parce que ça peut venir toucher des traumas anciens sur ces sujets, parce qu’une fois qu’on a regardé le monde tel qu’il est, dans l’ignominie du scandale des violences sexuelles sur mineurs on ne pourra plus jamais être le même et qu’une part de soi et du regard idéalisant qu’on portait sur le monde sera à jamais détruite. Qu’on en sortira forcément à minima traumatisé même si on peut se réparer. Alors pour ça il faut du courage et une construction interne solide, beaucoup l’évitent donc…

FS : Est-ce que vous ne pensez pas que cette réalisation est quelque chose d’impensable, vu que ce sont généralement des hommes qui font ça, et qu’on se dit : « mais des hommes comme ça, je dois en connaître, j’en ai peut-être dans mon entourage, dans ma famille même ». C’est un terrain sur lequel la plupart des femmes et des hommes refusent de s’engager.

EI : Oui, il y a quelque chose qui est de l’ordre de l’impensable parce que c‘est un interdit–l’inceste, la pédophilie, c’est un interdit sociétal– donc imaginer qu’il puisse être autant transgressé, et par des proches, ça signifie qu’on est tous en danger, que nos enfants sont en danger, c’est une menace énorme qui pèse sur nous, qui est insupportable et qui favorise la posture de déni.

EI : Pourquoi, selon les enquêtes effectuées par le REPPEA, le droit de visite et d’hébergement et la garde alternée portent-ils atteinte, dans leur principe même, au bien-être et au développement de l’enfant? Quels sont les symptômes et problèmes–souvent peu visibles– qui se développent chez une majorité d’entre eux?

EI : Il est problématique en soi comme « système » parce qu’il ne prend pas en compte l’intérêt et les besoins de l’enfant. De ce fait, c’est un principe qui est en soi totalitaire, imposé par un Autre et généralisé comme système idéal sans prendre en compte les besoins de l’enfant. C’est un arrangement décidé par des adultes pour leur propres besoins souvent. En effet, le rythme d’une semaine chacun est calqué sur des rythmes d’adulte qu’on tente d’appliquer aux enfants sans prendre en compte leurs besoins ; pour un petit enfant, une semaine entière sans voir sa figure d’attachement principale (souvent sa mère), c’est un deuil insurmontable qui va mobiliser des moyens de défense qui vont altérer son développement psycho affectif (clivages pour se protéger et ne pas souffrir, retrait affectif, désinvestissement des figures d’attachement…). Bien sûr, une résidence alternée mise en place pour un adolescent ou un enfant plus grand qui la gère lui-même en fonction de ses besoins et avec des parents à son écoute, ça peut être envisagé. Mais une résidence d’une semaine en alternance pour un bébé, ça ne prend évidemment pas en compte ses besoins primordiaux et c’est extrêmement destructeur pour lui et ça peut être très dommageable pour un enfant petit. On a réalisé une pétition en 2014 qui a été signée par plus de 5000 professionnels de l’enfance et de la psychologie de l’enfant pour s’opposer à la résidence alternée imposée chez les moins de 6 ans. Cela a permis d’arrêter plusieurs projets de loi qui allaient dans le sens d’une systématisation imposée à tous de ce mode de garde.

FS : On a l’impression en effet que la résidence alternée, c’est souvent décidé parce que c’est ce qui arrange le mieux les parents, non ?

EI : C’est ce qui arrange le mieux soit les parents, soit UN parent. Parce que, parfois elle est imposée, à la demande d’un seul parent, et ce ne sont pas les deux parents qui la décident. Et quand elle est décidée par les deux parents, il arrive qu’ils ne prennent pas vraiment en compte les besoins de leur enfant. Parfois, ils peuvent être pris en compte, il y a des résidences alternées pour des enfants plus grands et en âge de supporter les séparations et les aller-retours qui peuvent être souples, adaptées aux besoins de l’enfant—dans ces cas-là, ça pose rarement des problèmes puisque les parents sont à l’écoute de l’enfant, de ses besoins, ils peuvent en discuter, donc ils s’adaptent à lui. Mais quand c’est fait de manière tyrannique, imposée, c’est terrible pour les enfants.

FS : Le pire, c’est quand la résidence alternée est imposée ?

EI : Lorsque la résidence alternée est imposée par la justice on se dit qu’elle est imposée à l’autre parent mais en fait souvent c’est surtout à l’enfant qu’elle est imposée. S’il n’est pas lui décideur de son projet, c’est que ça lui est imposé et quand on en arrive à ce qu’un parent impose ainsi à l’autre sa volonté par la « force », ça a quelque chose de très dictatorial quand même, comment penser que l’enfant et ses choix et besoins puissent être pris en compte dans un tel cas ? Comment les parents vont-ils pouvoir être à l’écoute des besoins de leur enfant dans de telles situations ?   Il y a beaucoup de circonstances différentes qui doivent être étudiées avec minutie mais il faut toujours se demander dans ces situations dans l’intérêt de qui ces demandes sont faites. De son enfant ? Pour le protéger ? Ou au nom du « c’est mon droit » qui ne vise que le rapport de force pour écraser l’autre. Quand on devient parent, il faut savoir faire preuve de capacités d’abnégation et savoir faire passer les intérêts de son enfant avant les siens propres.

 

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FS : Vous dites que l’inceste est un meurtre psychique sur l’enfant et que les tyrans domestiques « passent souvent à l’acte sur un mode violent ou incestueux » lors d’une séparation.  Vous dites aussi que l’inceste est une façon d’attaquer la mère à travers l’enfant. Pouvez-vous commenter?

EI : Je vais vous dire comment j’en suis arrivée à penser ça. J’ai été confrontée à plusieurs situations où des pères qui a priori n’avaient pas commis ce genre d’actes avant la séparation, se sont mis à commettre des actes incestueux lors de la séparation. Et j’ai pensé : « c’est bizarre, ils n’étaient pas partis au départ pour faire ça, pourquoi sont-ils passés à l’acte juste à ce moment-là ? » Et je me suis dit qu’ils le faisaient peut-être comme un acte violent contre la mère, au-delà de véritables penchants pédophiles. J’ai eu l’impression qu’ils avaient fait ça pour blesser la mère, pour tuer quelque chose de la mère dans l’enfant. J’en suis venue à me dire que, s’il y en a qui sont d’authentiques pédocriminels, qui avaient déjà fait des passages à l’acte incestueux avant la séparation, il y en a aussi qui ne semblent passer à l’acte qu’au moment des séparations parentales, dans un contexte de haine farouche contre la mère et, dans ce cas, c’est véritablement lié à un désir de destruction de l’autre (l’enfant et la mère).

FS : C’est plausible en effet, parce que c’est typique que des pères séparés se vengent des mères en agressant ou même tuant leurs enfants…

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EI : L’inceste, c’est une façon de tuer les mères (et les enfants) psychiquement. Dans le même temps, l’inceste permet une mise en acte de la possession de l’enfant dans son psychisme et dans son corps. L’agresseur vient inscrire sa marque à tout jamais dans le corps et le psychisme de l’enfant. C’est comme donner la mort dans un crime passionnel, c’est une façon de posséder l’autre à tout jamais qui ne pourra plus échapper. En ça oui, il me semble que ça se rapproche du meurtre au moment des séparations…

FS :  Lorsque des mères refusent de remettre l’enfant au père (suite à ses violences ou agressions sexuelles), elles sont « menacées et persécutées par les instances socio-judiciaires », voire « condamnées en correctionnelle pour non-présentation d’enfant »; dans certains cas, il y a interdiction de contact, voire même peine de prison. Et les enfants sont placés en famille d’accueil, ou confiés au parent agresseur. Comment expliquez-vous cet acharnement des instances socio-judiciaires envers le parent protecteur?

EI : En fait, ils sont plus souvent confiés au parent agresseur qu’à des familles d’accueil dans les situations que j’ai rencontrées. Le placement en famille d’accueil, c’est quand même un dernier recours après plusieurs années de luttes, de même que le placement en foyers pour enfants, surtout qu’en général ces lieux sont saturés et qu’il n’y a plus de place… Comment expliquer cet acharnement ? Je crois que ces situations ont tendance à faire délirer les institutions qui sont prises dedans. Il se met en place une sorte de déni qui peut aller jusqu’au délire dans ces situations, par contamination des théories et propos colportées par ces pères —car ce sont essentiellement des pères concernant l’inceste, il y a quelques mères mais c’est beaucoup plus rare. Ils arrivent à faire délirer les gens avec eux, à les persuader de leur innocence et à convaincre tout le monde—y compris les institutions. Ils opèrent un véritable lavage de cerveau institutionnel sur les professionnels tout en pointant du doigt la mère accusée elle de faire un lavage de cerveau sur l’enfant. C’est l’inversion des culpabilités, ils sont maître en la matière pour y faire adhérer les institutions.

 

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FS : Il y a souvent une sorte de délire paranoïaque envers les mères : on les voir comme étouffantes, dévorantes, propriétaires de l’enfant…

EI : Oui, ou dans des stratégies de manipulation perverse. Et les pères trouvent des alliés dans des institutions. J’en ai parlé dans le livre qu’on a fait sur « Danger en protection de l’enfance : dénis et instrumentalisations perverses » avec Hélène Romano. On assiste bien à une entreprise de diabolisation de la mère et de l’enfant, c’est typique, pathognomonique pourrait-on même dire de ces situations. Dans ce livre, je décris tous ces mécanismes d’alliance qui peuvent impliquer des professionnels. Il y a des alliances perverses, c’est-à-dire que le parent maltraitant peut alors s’appuyer sur un professionnel lui-même pervers qui va s’allier à leur cause (oui ça existe !), les défendre, et contaminer aussi tout le reste de l’institution. Ils arrivent aussi à cultiver le déni des gens et à construire avec eux ce qu’on appelle la communauté de déni (on tait quelque chose dans un pacte tacite souvent inconscient pour maintenir le déni qui nous protège). Ils arrivent au travers de nombreux mécanismes que j’ai décrits (alliances diverses, emprise, manipulation, contamination délirante…) à mettre les professionnels de leur côté, ce qui est finalement assez facile parce que l’on n’a pas envie de voir ces drames-là. Ce n’est pas très dur de se ranger du côté du bourreau, c’est plus difficile et coûteux psychiquement de se ranger du côté de la victime…

FS : Il y a aussi—le psychiatre Gérard Lopez en a parlé dans certains de ses livres—le charisme des personnalités perverses, leur redoutable puissance de séduction…

EI : Tout à fait. Un charisme puissant est une caractéristique des personnalités perverses, ces personnalités sont fascinantes, parce que très séductrices. Les paranoïaques sont beaucoup plus rigides, beaucoup moins séduisants au fond mais certainement beaucoup plus persuasifs et dangereux. Ils ont une façon de manipuler le langage qui crée une emprise rapide sur les personnes, ils arrivent à empêcher les gens de raisonner, ils arrivent à polluer les raisonnements, et c’est ce qui les rend vraiment dangereux, plus que les pervers selon moi. Les pervers, on les voit mieux arriver. Les paranoïaques sont moins évidents à détecter, ils font même souvent pitié au début, on a envie de les aider car ils savent transmettre leur souffrance, et ils sont redoutablement convaincants.

FS : Est-ce qu’ils ont un meilleur maniement de la logique, ils argumentent mieux ?

EI : Oui, ils ont des arguments difficilement démontables, mais en fait ils ont un raisonnement qui est faussé à la base, ce qu’on ne remarque pas nécessairement, et ils arrivent à embarquer des gens dans leurs raisonnements–et leurs délires toujours très linéaires, sans nuance, c’est une rhétorique vraiment particulière qu’ils utilisent en vidant en permanence les choses de leur sens profond ou de leur sens initial. Par exemple, un paranoïaque qui est face à un désaccord de son ex-épouse qui cherche à communiquer pour le bien de leur enfant, il va répondre : « tu dois me respecter et ne pas t’immiscer dans mes jours de garde, je fais ce que je veux comme tu fais ce que tu veux quand tu l’as ». Autrement dit : « écrase-toi et n’empiète pas sur ma vie, c’est moi qui commande ».  Au fond, c’est pas faux, chacun doit respecter l’autre dans ce qu’il construit avec son enfant, sauf que là en fait il ne s’agissait pas de s’immiscer dans la vie de l’autre mais de résoudre un problème apporté par l’enfant, une inquiétude autour de lui (ça peut être sur n’importe quel sujet, la santé, l’école, un désir exprimé par l’enfant, un interdit fondamental, des limites pour un ado… Or la question initiale, qui est : « qu’est ce qui est bien pour notre enfant et que pouvons-nous construire de commun autour de son éducation » est totalement évacuée. Le paranoïaque répond toujours à côté sans qu’on s’en rende compte, il tord le contexte en détournant la conflictualité originelle par une autre conflictualité, celle qui l’habite en permanence, qui est de la persécution. N’importe qui se rallie à sa cause en disant : « oui elle n’a pas le droit d’empiéter comme ça sur lui », sauf que c’est son vécu et que le but n’a jamais été d’empiéter mais de trouver un terrain commun (ce qui est quasi impossible d’ailleurs avec un paranoïaque). Pour lui, tout est binaire et lu sous le seul prisme de ses angoisses de persécution, donc bien évidemment tout professionnel empathique a envie de le protéger, de le sauver. Les paranoïaques peuvent avoir aussi une forme de perversion. Les pervers sont surtout dans la séduction, Ils essayent de renverser nos valeurs tout en laissant penser qu’ils vont nous permettre de réaliser nos vœux les plus inouïs (c’est le pacte avec le diable, relisez Faust de Goethe, c’est de cela dont il s’agit, donner son âme contre des promesses de jouissances infinies). Le pervers et le paranoïaque n’agissent pas sur nos même faiblesses et peut être est-il peut-être plus facile de résister à la séduction, quand on est professionnel en tout cas, qu’à notre envie de sauver les gens (fantasme qu’active le paranoïaque).

FS : Différentes théories anti-victimaires circulent et sont utilisées pour décrédibiliser la parole des enfants et celles des mères protectrices, comme le très connu SAP (Syndrome d’Aliénation parentale) mais aussi la théorie des faux souvenirs. La théorie des faux souvenirs (qui fait controverse en ce moment) vous semble-t-elle reposer sur une base scientifique plus solide que celle du SAP, (qui n’est reconnu par aucune des instances professionnelles de la communauté psychiatrique)?

 

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EI : Absolument pas—pour ce que j’en ai lu en tout cas. C’est présenté de façon tout aussi confuse que le SAP, et je pense que ça procède exactement de la même construction, que je qualifierai même de paranoïaque dans la façon dont le raisonnement procède: on part d’un phénomène d’abus sexuel dans les deux cas puisque que, pour ce qui est du SAP de Gardner et ce qui s’est passé aux Etats-Unis, comme au départ de la théorie des faux souvenirs, on est parti d’histoires d’accusations de violences sexuelles sur mineurs. Que ce soit pour le SAP ou les faux souvenirs, on part du postulat (pourtant jamais démontré !) que ces accusations et l’ensemble de toutes celles qui leur ressemble sont fausses–et à partir de là, on construit un syndrome basé sur un postulat dont on n’a jamais pu vérifier la validité et d’une généralisation pas plus probante. Et ça, ce n’est évidemment pas une méthodologie scientifique correcte. Que ce soit l’un ou l’autre, on n’a jamais pu prouver scientifiquement que ça existait tel que décrit; le SAP de Gardner, tel qu’il est défini, c’est vraiment n’importe quoi au niveau clinique. Et les faux souvenirs, il n’y a aucune preuve scientifique de ce syndrome tel qu’il est décrit. On sait bien sûr qu’il y a des fausses allégations, on sait qu’il y en a 3%–mais les fausses allégations n’ont rien à voir avec les faux souvenirs. Les faux souvenirs s’appuient sur le fait que la mémoire, c’est quelque chose qui peut être douteux, que la mémoire humaine est quelque chose de pas fiable. Bien sûr que la mémoire humaine est quelque chose de pas fiable mais ça n’implique pas qu’il y ait autant de « faux souvenirs » que cette théorie le prétend, ça ne veut pas dire qu’on ait le droit de faire cet amalgame et de généraliser ainsi. Chaque cas est différent, il y a des psychotiques qui peuvent avoir des délires sur ces sujets comme sur d’autres mais il faut pouvoir examiner chaque cas pour faire un diagnostic correct. Pour l’aliénation, c’est pareil, le syndrome construit par Gardner (pro-pédophile faut-il rappeler) est construit tel qu’il permet d’inverser les culpabilités en renversant les accusations d’inceste. Ça ne veut pas dire que l’aliénation n’existe pas, ça veut juste dire que là on se trompe de diagnostic systématiquement et on accuse d’aliénant celui qui est protecteur au lieu de l’agresseur qui lui pour le coup, est aliénant comme tous les paranoïaques et les pervers. Mais voilà, le diagnostic d’aliénation ne peut pas être fait sans analyser la personnalité de l’auteur, et seules les personnalités psychotiques, paranoïaques ou perverses exercent de l’emprise (ou ce qu’on appelle aussi aliénation) Dans toute ces constructions théoriques, il y a une pensée qui n’est pas du tout scientifique, qui n’est pas du tout méthodologique sur ces questions, qui ne se base pas sur une clinique, ce sont des théories qui visent à discréditer la parole des victimes par un matraquage de l’inconscient collectif.

FS : Et puis il y a aussi la question de l’amnésie traumatique, dont la théorie des faux souvenirs est en quelque sorte la négation…

EI : Tout à fait. Pour l’amnésie traumatique par contre, il y a une reconnaissance scientifique. Autant la théorie des faux souvenirs n’a pas été acceptée par l’Association américaine de psychiatrie, autant l’amnésie traumatique est reconnue comme faisant partie du symptôme post-traumatique, elle est incluse dans le DSMV. La reconnaissance scientifique, elle est sur l’amnésie traumatique, oui tout à fait. 

FS : Le SAP est une théorie anti-victimaire–mais c’est aussi une théorie anti-mères–puisque le parent protecteur (donc « aliénant ») est très majoritairement la mère, typiquement décrite comme « fusionnelle, malveillante, menteuse, dévoreuse d’enfants ». Pourquoi ce « biais de genre », voire cette haine des mères observables dans les instances socio-judiciaires selon vous?

EI : Oui, il y a véritablement un biais de genre qui a été repris et démontré dans l’étude de Silberg que nous avons fait traduire et qui est disponible en ligne[2]. Cette étude a été faite à la demande du  Ministère de la justice américain—en fait, c’est une recension de plusieurs études complétée d’une étude rétrospective des  « retournements de situation d’allégations de violences contre l’enfant maltraité en faveur du parent maltraitant par « une analyse approfondie de cas pour identifier quels facteurs conduisent les juges à faire courir des dangers a des enfants en accordant un accès sans entrave au parent violent. »— Elle montre clairement qu’il y a un biais de genre dans la façon dont sont jugées ces affaires, au travers des perceptions des travailleurs sociaux, des professionnels et des personnels de justice. Et ce biais de genre, je pense qu’il procède de nos représentations les plus archaïques du féminin : la femme dévoreuse d’enfants, la Méduse, on retrouve toujours ça. C’est une image de la mère qui est très présente dans notre inconscient personnel et collectif puisque cette mère on l’a tous en nous depuis les origines, elle a été notre première représentation de l’autre, archaïque et c’est pour ça qu’on la fait réapparaître facilement dans les groupes qui ont souvent un fonctionnement archaïque en soi.

 

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FS : Vous évoquez l’activité des lobbies pédophiles pour faire accepter par l’opinion publique la notion que la pédophilie est juste une orientation sexuelle comme une autre. Pouvez-vous nous parler des stratégies utilisées par ces lobbies pédophiles? En ce moment, on observe qu’il y a des  personnes et des groupes qui essaient régulièrement de normaliser la pédophilie.

EI : Oui, et les documents sur l’éducation à la sexualité en sont un exemple patent. C’est énorme :  l’OMS elle-même s’est fait manipuler puisqu’ils ont écrit, dans leurs préconisations des standards européens d’éducation sexuelle, qu’il faut enseigner dans le cadre scolaire en matière de « sexualité » aux enfants entre 0 et 4 ans , « le plaisir et la satisfaction liés au toucher de son propre corps, la masturbation enfantine précoce, la découverte de son propre corps et de ses parties génitales (…) » et j’en passe. Ces standards sont un véritable scandale extrêmement dangereux pour les enfants et nous l’avons expliqué dans notre livre « Dangers de l’éducation à la sexualité pour les enfants et les adolescents »[3]. Nous sommes mobilisés depuis plusieurs mois autour de ces questions qui ont déjà touché des enfants français au travers des cours d’éducation sexuelle… Il y a clairement une infiltration par des lobbies pédophiles ; derrière tout ça, on retrouve des associations militantes certainement infiltrées par ces lobbies–ce ne sont pas des pédopsychiatres qui ont écrit les standards européens d’éducation à la sexualité. On retrouve aussi Durex comme industriels sponsor de ces propagandes en soutien des associations qui militent pour l’application de ces idéologies.  On hallucine quand on voit comment ces groupes peuvent infiltrer des institutions et on se scandalise quand on voit le peu de résistance qu’ils y rencontrent, la passivité des journalistes et de l’opinion publique. Je suis effrayée par ce que je vois. On est en train de sexualiser les enfants dès la maternelle, on présente ça comme normal : « les enfants ont droit aussi à la sexualité »–et personne ne bouge ? Pourtant notre pétition[4] a rassemblé plus de 21 000 signatures à ce jour et alors que nous n’avons bénéficié d’absolument aucun relais des médias, qui ont jusque-là refusé de prendre la mesure de ce scandale. Parmi les premiers signataires, de grands noms de la pédopsychiatrie et de la psychologie figurent mais au-delà, cette pétition dénonçant les dérives de cette « éducation sexuelle » a été signée par plus de 5000 professionnels ; parmi eux 90 psychiatres (une grande majorité de pédopsychiatres), 750 psychologues, 90 médecins/pédiatres et 1100 enseignants (maternelle, primaire ou secondaire) partagent donc nos inquiétudes et nos constats.

FS : On a l’impression aussi que ces tentatives sont répétées, ils reviennent régulièrement à la charge, ils ne se découragent pas…

EI : Tout à fait, elles sont répétées régulièrement, ils ont leurs réseaux multiples, certainement pour essayer d’influencer l’opinion publique, comme on l’a vu dans les années post 68ardes où la pédophilie pouvait compter sur une forme de complaisance, médiatique, politique ou intellectuelle. C’est comme ça qu’une pétition parue dans le Monde du 26 janvier 1977, et relayée également par Libération, concernant « l’affaire de Versailles » a été signée par de grands noms (intellectuels, politiques…) pour s’opposer à la condamnation de faits d’agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans. La question du consentement des mineurs était déjà à l’ordre du jour… Défense par excellence de l’élite pédocriminelle, il faut le comprendre. Régulièrement, nous voyons paraitre des expositions pédophiles (sous couvert de liberté d’expression artistique), ou par voie de presse des articles scandaleux qui revendiquent de façon insidieuse le droit à la pédophilie. D’ailleurs, en 2018, la loi qui vient d’être votée sur les violences sexistes et sexuelles dont le gouvernement se glorifie n’a en réalité absolument, mais alors absolument rien apporté comme amélioration en matière de protection des mineurs victimes de violences sexuelles. Ça aussi c’est scandaleux. Et le gouvernement profite maintenant de cette loi pour faire appliquer systématiquement l’éducation sexuelle dans les écoles (pour lutter contre les comportements sexistes disent-ils…) mais elle sera faite par des associations agrées à l’éducation sexuelle. Or ce qui n’est pas dit, c’est que ce sont pour la plupart des associations militantes déjà formées à l’éducation sexuelle et qui s’appuient sur les standards européens d’éducation à la sexualité. Vous comprenez la manipulation ? La boucle est bouclée. Ils font rentrer leur cheval de Troie de cette façon et c’est très grave. Il n’y a aucun garde-fou à l’intérieur et, comme dans les agressions sexuelles, on voit des enfants et des ados sidérés qui n’osent même pas parler à leurs parents des contenus sexuels auxquels ils ont été exposés au sein de leur école.

La manipulation procède souvent par habituation progressive, on commence par parler de sexualité de façon indirecte, allusive puis on rend confuses les limites entre ce qui est possible ou pas, ce qui est acceptable ou ne l’est pas, Parler de sexualité ouvertement dans le cadre scolaire en groupe abrase les limites de l’intime et participe à la confusion.

 

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A l’échelle sociétale, ils font pareil : ils banalisent des comportements interdits et petit à petit, ils font admettre des choses qui, si elles étaient arrivées d’un coup, n’auraient pas été admises. Et comme toujours, la perversion avance à visage caché, elle présente ses projets derrière de beaux discours et de beaux idéaux, c’est toujours pour notre bien disent -ils.

FS : C’est très progressif et très subtil comme stratégie…

EI : Très insidieux, et c’est pour ça qu’on ne les voit pas arriver.

 

 

[1] Livre blanc sur la protection des enfants maltraités, propositions contre les dysfonctionnements, REPPEA, 2017

2 https://reppea.wordpress.com/les-documents-de-references-sur-le-sap/

3 https://reppea.wordpress.com/blog/livre-dangers-de-leducation-a-la-sexualite-pour-les-enfants-et-les-adolescents/

4 http://petitionpublique.fr/PeticaoListaSignatarios.aspx?pi=P2017N49527

 

 

 

 

 

 

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